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Les reves
bleus
poemes en vrac depuis 1996
Les gaéliques: parfums bleus et
brumeux
triste
Sur son visage perlent
quelques gouttes de tristesse
qui lentement mêlent leur sel
& rejoignent l’océan des pleurs
qui s’acharne à limer
sous le ciel gris
la plage jaune granuleuse
vallée
Un ange bleu faufile
son duvet lumineux
entre deux nuages humides & cotonneux.
Le voile pourpre de l’aube se lève.
Un gamin en culotte courte,
la frange blonde viking
tombant négligemment
sur ses doux yeux antarctique,
arpente, émerveillé,
ce chemin de terre lisse et doux
qui s’insinue au creux de la colline
de ce matin blême.
La plaine résonne d’échos de rires enfantins
matin
Claquante & vibrant dans le vent,
une feuille verte et charnue,
clinquante, navigue dans le vent frais du matin,
retenue par son pédicule à sa branche mère.
Quelques gouttes de rosée sautent
& glissent joyeusement sur sa face vernissée.
campagne
Un petit oiseau bleu à la gorge jaune duveteuse,
chétif, se blottit dans son nid,
le bec & les yeux enfoncés dans son aile.
Dans sa tête défilent les paysages survolés :
les bocages verts,
les champs en damiers jaune & brun,
les clochers des églises,
arrondi, carré, pointu, orthodoxe,
baroque, gothique, ou roman, dôme ou flèche.
Tout se mélange.
Il se laisse bercer par les ondulations
des vagues de la haute mer,
le clapotis des marées sur les plages.
Il s’endort doucement dans la brume légère.
Son petit coeur palpite tendrement
faisant tressaillir ses plumes.
morsures
Un peu de brume dans la tête & les yeux ;
ton image ,un peu évaporée, incertaine,
flotte comme un fantôme,
dans un coin,
trésor préservé de franchise & de gaieté.
Mais, partout ailleurs, désolation.
Tout a brûlé,
noirci de cendre,
comme mordu par le remords.
Il reste des lambeaux calcinés,
légers, recroquevillés sur eux mêmes.
Dans le monde parfait,
plein de couleur & de sonorité,
le rire frais d’une jeune fille retentit.
De l’autre coté, une vaste étendue plate bleu pastel lisse,
désertique, embuée d’une fumée grise:
des ombres étirées
sanglotent & se tordent sur elles mêmes,
éblouies par le soleil.
Leur agonie dure encore:
peut être est elle éternelle...
symbiose
Les deux bulbes poussent l’un à coté de l’autre
dans la terre brune meuble & humide, finement granuleuse.
Blanc pale, le bourgeon sort du sol, frais, dentelé.
Sa compagne rose pointe timidement
aussi ses tendres feuilles à l’air gris ambiant,
triste & voluptueux.
Puis lentement les tiges poussent,
soutenues l’une par l’autre dans leur effort pour rejoindre le ciel.
Elles se dirigent longues & élancées vers l’azur évaporé.
Elles étendent leurs volutes
& tendrement entremêlent leurs feuilles qui,
quand le vent passe se caressent.
Un doux visage frais & féminin voletant dans l’aube du matin leur sourit.
Une pluie douce & fine s’éparpille & se condense sur le sol & leurs feuilles.
Dans cette atmosphère douillette, les deux plantes s’épanouissent.
Elles n’ont jamais été aussi prés l’une de l’autre.
Le doux tintement de leur feuille
l’une contre l’autre résonne encore dans mon coeur
comme les cloches du bonheur
neige
Blanche & menue,
emmitouflée de laine bleue marine
elle gravit le sentier
qui sillonne cette montagne rocailleuse & terreuse
où l’herbe pousse difficilement.
Ses cheveux ondulés blonds
chevauchent les courants de l’air gaillard,
qui s’essouffle & se râpe contre les falaises,
en s’insinuant dans les vallées vertes & accueillantes .
Le ciel est gris.
Il fait frais,
& le vent éparpille sur ses joues
quelques cristaux de gel
qui poinçonnent sa face
de mille rosaces
sanguines entrelacées et cuisantes .
Dans ce paysage glacé et hostile
elle est la seule source chaude & réconfortante.
Embuée & pelotonnée dans ses tissus douillets
elle affronte la montée & maintient sans difficulté
la cadence d’un pas feutré & sur.
Doll phantom
La vie pleure son ombre.
Elle était la plus belle.
Elle restera la plus pure.
Elle disparut une nuit
dans une tempête de rire
et d’éclat de verre,
effacée par les bruits
des klaxons & des enceintes.
Dans ce tonnerre de couleur rutilant,
le ton pastel des bleus volets
de la maison de chaux blanche,
les cheveux blonds et soyeux
de la petite fille s’envoleront.
Mais leur teint pale hante encore
en filigrane mes nuits glauques et rieuses.
Leur profondeur s’impose doucement.
Leur ton serein passera le temps.
écolier
La poupée aux cheveux de laine jaune
à la tête ronde en mousse rose
est étendue légèrement sur les coussins.
Elle flotte dans l’air chaud de la pièce.
Sur un bureau en bois de pin,
un petit bonhomme en culotte courte
s’applique à dessiner une petite fille.
Tirant la langue, l’air concentré,
il appuie fortement la pointe du feutre
sur le papier pour ne pas faire déraper
le crayon qu’il tient maladroitement .
automne
L’attente est longue mais jamais veine
Les rêves retrouvent leurs ailes
& se meuvent doucement dans l’espace, librement.
Les nuages vont & viennent moites et brumeux.
La pluie imbibe sereinement la bonne terre
dans laquelle germera le blé .
Un cerf volant plane souplement
entre les ondes brumeuses du matin
& monte de plus en plus haut,
oubliant la terre à laquelle le retient un faible lien,
invisible et fragile.
Une petite fille patauge dans la boue.
Bonjour petit automne !
pleurs
Ma douce fée pleure en silence.
Sur le doux ciel bleu,
deux nuages cotonneux flottent
& mêlent leur épais brouillard neigeux
Des larmes cristallines & brûlantes
noient ses yeux
en deux couchers de soleil bleu
surplombant une mer limpide.
Le ruisseau dévale ses joues rougies,
gaiement ,en laissant sur son lit
le sel cuisant
qui imbibe ses lèvres enfantines
d’un goût amer .
BB
Ma petite fleur, mon doux myosotis,
repose entre deux nuages de couettes,
enroulée comme un loir
dans la pénombre moite & suave de ses rêves.
Ses cheveux bruissent doucement
comme une prairie sauvage jaunie par le soleil,
bercés par le halètement douillet de sa petite gorge rose .
Elle lape comme un chaton
avec sa petite langue framboise son petit pouce
& enfouit ses doigts dans le coton humide du mouchoir
qu’elle serre contre sa joue.
Son autre main caresse le duvet velouté
de quelques mailles de laine bleue .
L’aube se lève.
Le soleil orange miroite ses reflets jaunes
sur le tronc verdi du vieux sofora
qui étend ses branches nues dans les embruns du vent
jungle
Des plantes pétulantes, suaves, neigeuses,
déploient leur volutes dans la fraîcheur matinale du jardin .
Le gazon fraîchement tondu embaume
les gouttes suspendues de l’ atmosphère.
Tout brille et éclate en sanglots
Les arbres dégorgent de sève,
le ruisseau murmure.
La mousse perle sa rosée en surface.
L’air tiédit, la brise rugit.
Les éléments du paysage se dispersent & se recomposent
en un univers encore plus beau .
Les montagnes bleues apparaissent au loin à l’horizon.
Le murmure de ses cheveux blonds
déploie un souffle nouveau
dans la plaine jadis infertile.
Les noyers ploient sous leur poids.
Les cerisiers parsèment le ciel bleu de leurs pétales roses.
Le cœur se dénoue & un parfum vivace embrase l’horizon.
Mars
3 petits extra terrestres verts
flottent dans l’espace intersidéral,
noir & parsemé de disques solaires bleus, jaunes & rouges .
Le parfum de ma bien aimée glisse le long de ses lèvres rosées
Sa voix de miel noie les quelques soucis noirs
qui comme des astéroïdes volent & tournoient dans l’espace ;
je remarque & je crie
je me retourne:
un palais aux boiseries finement sculptées
s’étendant comme des ramures
pleines de sève s’élance lentement en hauteur
et entoure lentement son corps languissant
qui s’ épanouit à la lumière du jour ;
les rayons vibrent: la pluie s’abat .
Le rêve s’éparpille.
étranger
La petite fille regarde par la fenêtre.
Elle voit un grand monsieur
s’avancer avec un grand nez rouge.
Il neige dehors.
Les pieds du grand monsieur
ne semblent pas très aimables.
Elle va avec sa capuche près d’un grand arbre
où il y a plein de petits oiseaux
grelottant de froid sous leur plume ébouriffées.
Elle distribue quelques miettes puis s’en va
arbre
Depuis des années, le vieil arbre étend
ses ramures dénudées dans le bleu mou du ciel
qui se blottit dans la vallée verte et feuillue.
Il n’a pas fleuri depuis des années;
ses racines sont enfoncées profondément
dans la terre meuble
jusqu’aux nappes d ‘eau souterraines cristallines
qui l’abreuvent.
Une princesse est arrivée, douce, cotonneuse laineuse,
irréelle, aux contours lumineux & flous,comme un mirage.
Elle passe de temps à autre
& à chaque fois un nouveau bourgeon vert et charnu éclot.
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